jeu traditionnel
Jeu traditionnel parfois pratiqué depuis la nuit des temps.
Impossible de donner une cote
Nom du jeu Nain jaune
Auteur tradition  
Éditeurs ou distributeurs

 Éditeurs ou distributeurs

En principe, l’éditeur décide et finance la conception et la fabrication du jeu, tandis que le distributeur assure la diffusion de ce jeu auprès des revendeurs de sa zone géographique.
Parfois, l’éditeur et le distributeur ne font qu’un, parfois non. Mais tout n’est pas toujours aussi simple...

domaine public  
Jeujura  
Wogue et Levy  
Année xviiie siècle
Nombre de joueurs 3 à 8
Public

 Public

On entend par « bambins » les très jeunes joueurs d'âge préscolaire, et par « enfants » les jeunes joueurs sachant lire et compter.

bambins, enfants, ados, adultes
Durée d’une partie

 Durée d’une partie

La durée est donnée à titre indicatif et peut différer de celle indiquée par l’éditeur.

30 min
Caractéristique traditionnel ou issu de…
Mécanisme défausse
Emplacements étagère N, rayon N
Règle du jeu  La règle à l’Escale à jeux
Liens externes rapides
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Traditionnellement, le Nain jaune fait partie des coffrets de jeux en France. Qu'on y ait joué ou non, il fait partie de la mémoire ludique collective, au même titre que le Jeu de l’oie ou le Jeu des petits chevaux.

Le Nain jaune, qui se pratique sur ce drôle de tablier composé de cinq cases amovibles, est un jeu de défausse avec, bien sûr, du hasard, mais aussi une part importante de tactique. On retrouve certaines des idées développées ici dans des jeux plus modernes comme le Le Grand Dalmuti.

On trouve dans les boîtes anciennes ou modernes de nombreuses règles du Nain jaune, mais dans l'ensemble peu d'éléments diffèrent.

François Theimer, collectionneur de jouets et jeux anciens, historien du jouet français, et expert auprès de la Cour d'Appel de Paris, m'a autorisé à publier ici l'historique du jeu qu'il a écrit et mis à jour d'après ses dernières recherches, pour les lecteurs de JeuxSoc. Un grand merci à lui.

Histoire véridique du jeu du « Nain jaune »

Il était une fois…

L’histoire commence par un conte cruel intitulé « Le Nain Jaune » écrit au xviie siècle par Madame la Baronne d’Aulnoy (Marie-Catherine de Jumel de Barneville) à l’intention des adultes, comme c’était l’usage alors, et longtemps encore pour la plupart des contes…

Ce fut un conte célèbre en son temps, mais il est oublié de nos jours, où il ne trouverait pas sa place au milieu des comptines mièvres et sirupeuses qui sont donnés en pâture à nos petits.

Tout commence, ou devrais-je dire continue ?, au milieu du xviiie siècle, avec le roi Stanislas de Pologne, établi à Nancy au milieu du xviiie siècle qui, lui-même protégé par le roi de France, Louis XV, avait pris sous sa protection dès sa naissance, un nain ou plus exactement un lilliputien, qui répondait du nom de « Bébé », (1).

Ce dernier obtint une immense célébrité qui dépassa largement les frontières lorraines, mais en grandissant en âge il devint souvent violent et cruel, en particulier avec ses congénères qui lui étaient présentés et, par analogie on le surnommait, hors de son domaine : « Le Nain Jaune ».


Tableau du « Jeu du Nain  Bébé » (circa 1760)

Dans cette merveilleuse société frivole qui hantait les Salons du xviiie siècle, il ne fallait qu’un bon prétexte pour lancer un nouveau jeu et le pas fut vite franchi, en rapport avec la nouvelle « Merveille » nancéenne, dont le succès faisait déplacer des personnalités internationales.

Ce pas fut allègrement franchi, d’abord en Lorraine (vers 1760) comme il se doit ou le tableau du jeu représentait « Bébé » (2). Ce jeu fut alors appelé le « Jeu du Nain Bébé » ou « Jeu du Nain », puis il s’exporta vers la capitale où il fut représenté sous la forme d’un Nain habillé en folie avec grelots ou petit homme chauve en costume jaune avec son épée (qui ne le quittait jamais) au côté, sans qu’une relation particulière soit faite avec « Bébé », et conserva définitivement le nom de « Jeu du nain jaune ».

Durant près d’une génération, le jeu fit fureur et l’on trouve de nombreuses traces de ce dernier dans la littérature européenne.

Ainsi l’on trouvait des jeux de Nain jaune chez les marchands de nouveautés, comme le reporte le journal  « Mercure de France » de novembre 1777, dans un article consacré à Grandchez, marchand de nouveautés. Il est indiqué qu’il vend entre autres :

« Plateaux de tôle peinte et vernie, pour le jeu de Nain Jaune ».

Mais arriva la Révolution française et les mœurs changèrent, le dictionnaire fut modifié, des noms célèbres furent éradiqués…

Fut alors inventé, durant la Révolution, vers 1793-1794, par un cartier parisien nommé Mandrou : Le jeu de Lindor, dont la consonance phonétique n’est pas sans rappeler son modèle. S’inspirant de la tendance du retour au style grec, qui était alors très en vogue, mais surtout des nouvelles directives républicaines (voir explication ci-contre), on remplaça le « nain jaune » (un bouffon trop proche de l’image honnie des rois) par un berger (métier noble et proche du peuple) comme personnage central, en l’affublant du nom d’un personnage d’un conte de Marmontel (3), le tour était joué.

Une version découverte récemment, intitulé « Jeu du Lindor ou Fanchon la vielleuse »  comporte dans sa règle les éléments de ces élans allégoriques révolutionnaires en phase avec l’esprit de l’époque. Il y est question de « l’Élément » de Cœur, de la « Saison de Pique, d’un « Cultivateur » de Trèfle et… d’un « Lindor. »

Sous la Restauration, la notion allégorique du Lindor fut perçue comme un retour vers les temps des « Précieuses », cette époque où la littérature contait des histoires de berger (par exemple : «  L’Astrée »). Il pouvait donc continuer d’exister sous sa nouvelle appellation.

« C’est absolument le jeu du Nain Jaune ; il n’y a qu’un nom de changé. Le sept de carreau qui s’appelle Nain jaune au jeu de ce nom, se nomme Lindor dans l’autre : là est toute la différence entre ces deux jeux, et nous parierons pourtant que l’auteur de ce changement de nom s’est cru un innovateur audacieux », (Extrait de « L’Arbitre des jeux » de Mery (G. de Gonet, éditeur à Paris, 1847). 

En réalité, le jeu de Lindor n’était qu’un avatar du jeu de Nain jaune, dont le nom subsistera en parallèle, et souvent en double appellation, jusqu’aux premières années du Second Empire (il en est encore question dans le manuel Roret, sur les jeux de hasard en 1840, et le dictionnaire Littré (1863) mentionne encore le Jeu de Lindor comme équivalent au jeu du Nain jaune, mais plutôt comme un rappel que comme une actualité. 

Ce qui est peut-être moins connu, c’est que le nom de « Nain jaune » fut utilisé par le  journal d’opposition aux royalistes « Des Arts et des Lettres », durant deux ans (1814-1816), avant la chute de Napoléon et les débuts de la Restauration, puis, « Nain Jaune Réfugié » lorsque ses rédacteurs furent obligés de se réfugier en Belgique, en raison de la répression conséquente à la suppression de la liberté de la presse, dès le début de la Restauration. 


Caricature montrant le « Nain jaune » tirant sur ses confrères.

Mais la Restauration perdura et entraîna le retour de certaines pratiques en vigueur sous l’Ancien Régime, et certains jeux oubliés furent remis au goût du jour.

Au lendemain du Second Empire, l’industrie s’étant développée, les fabricants de jeux adaptèrent parfois le jeu en fonction de l’actualité ou de la « nouveauté » et, le temps d’une « mode », le Nain jaune se transforma en « Tom Pouce » en « Amiral Tromp »  etc.

Revivifié, le jeu perdura à nouveau durant une génération, avant de tomber en désuétude vers la fin du xixe siècle. J’en veux pour preuve sa classification parmi les « Jeux anciens » en 1888 dans l’ouvrage « L’Académie des jeux, avec dictionnaire des jeux anciens ». 

Il revint en vogue au début du xxe siècle, avec de nouveaux noms (tels « le Jeu du nain vert », « Nain jaune Polichinelle » etc.), puis durant l’entre deux guerres, il s’installa définitivement dans le cadre des « Jeux de société » devenus « classiques ». 

  1. Découvrez son histoire dans l’Encyclopédie Polichinelle, volume 7).
  2. Gravure découverte dans l’ouvrage de John Grand Carteret, « Vieux papiers, vieilles images », Levasseur et Cie Éditeur.
  3. Lindor est un personnage d’un conte de Marmontel, dans les « Contes moraux », « Le Scrupule ou l’Amour mécontent de lui-même).

François Theimer,
expert près la Cour d'Appel de Paris et historien du Jouet français.

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    dans « Plato n° 72 »
    Plato n° 72
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Rédaction : François Haffner
Publié le 28 août 2008

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