Tempête sur l’échiquier de JSP

Rubrique humeurs
Une présentation par Gilles Lehmann  
Quelques présentations sont rédigées par des amis de l’Escale à jeux, tous fins connaisseurs du domaine des jeux de société.

 

Il y a quelques jours, suite à mon papier sur la sortie du numéro 32 de Jeux sur un plateau, un débat s'était engagé. En commentaires, il y eut bien quelques tentatives d'attaques personnelles mais je pense avoir contrôlé la situation. Au bout d'un moment, le débat tournait un peu en rond et j'ai décidé d'y mettre fin en invitant les protagonistes à en discuter plutôt sur un forum.

Et voilà que Gilles Lehmann, mon humeuriste préféré, décide de pondre un sujet sur le même thème en me laissant vilement l'initiative de publier ou pas. Ayant bien lu son papier, j'y ai certes décelé quelques critiques mais aucune attaque personnelle. J'ai donc décidé de publier cette humeur sans changer une virgule. Toutefois, aucun commentaire ne sera possible, la préférence étant donné aux forums...

François Haffner
dictateur de JeuxSoc


Toc, toc, toc, excusez-moi pour le dérangement mais je me glisse dans la discussion animée sur le numéro 32 de Jeux sur un plateau. Cela va me réchauffer car il fait un peu frisquet dans mon igloo, igloo dis-je.

En parcourant le magazine, j’ai trouvé moi aussi son contenu quelque peu indigeste : un vrai festin de la vallée des mammouths ou un rude coup de tomahawk.

Honneur au plus visible, Days of Wonder & Co : une couverture, un livret promotionnel d’introduction, un test en avant-première, une interview du boss US, un concours, une analyse de la mécanique du jeu, sans oublier plus loin un article pas anodin du tout du patron français. Tout, vous saurez tout sur BattleLore.

Que le test soit réalisé par quelqu’un qui travaille chez le distributeur de Days of Wonder est pour le moins étonnant. Ce qui l’est plus, c’est que souligner ce fait semble énerver certains. La réflexion est envoyée aux oubliettes par la sacralisation. Pourtant Croc, à l’image de chacun d’entre nous, doit bien avoir des défauts. Je n’ai entendu personne l’accuser de corruption, de poussée de fièvre de l’or, j’ai juste entendu parler de déontologie, de conflits d’intérêt. Croc n’est pas plus un malhonnête qu’un diamant sans tache. Il apprécie le jeu c’est acquis, mais était-il le mieux placé pour en rédiger la critique, était-il l’unique expert en la matière ? Admettons que cette maladresse ne soit pas bien grave.

L’interview d’Eric Hautemont suscite des questions plus importantes à mon sens. Lorsque Olivier Arneodo compare BattleLore à Mémoire 44 (même auteur et même mécanique), le responsable de Days of Wonder répond que « la mécanique n’est la même que superficiellement, c'est-à-dire uniquement dans la mesure où les deux jeux sont des jeux de plateau à base de figurines, activées par le jeu de cartes de commandement. » Ce sont surtout les explications qui suivent sur les particularités de BattleLore qui sont superficielles et déconnectées de la mécanique : « jeu pour passionné » par opposition à jeu familial, « univers à part entière » par opposition à jeu en boîte.

Mais quand Croc et Eric Hautemont font de BattleLore bien autre chose qu’un Mémoire 44 médiéval-fantastique, Christophe Brico dans l’analyse de la mécanique du jeu présente celle de Mémoire 44 en laissant penser que c’est aussi celle de BattleLore. La place de cet article dans le zoom, les illustrations de la double page sont sans équivoque. Les journalistes de JSP considèrent que les deux jeux ont une mécanique identique.

A l’évidence le message de JSP est parasité par le test et l’interview. Qui faut-il croire ? BattleLore : le jeu pareil qui est différent ? Je suis largué moi, autant partir en mission sur la planète rouge et parler à des extraterrestres.

Ne faisons pas de mystère à l’abbaye, chacun comprend que Days of Wonder joue la réussite du jeu sur l’intégration par le public du concept d’originalité rassurante, de déjà-vu nouveau mais aussi sur l’acceptation du prix de la boîte. Bruno Faidutti le souligne assez sur son site : « La réalisation de BattleLore, comme d’habitude chez Days of Wonder, est parfaite. Les figurines sont nombreuses ’ plus de 200 - et joliment sculptées, et un très astucieux système de bannières permet de les utiliser indifféremment dans un camp ou dans l’autre tout en conservant au jeu une lisibilité parfaite. Plateau, hexagones de terrain, cartes, tout est en outre magnifiquement illustré. La boîte de BattleLore coûte cher, certes, mais au vu du matériel, en quantité comme en qualité, le prix de 70 € est même plutôt léger. » Le livret d’introduction de BattleLore insiste également sur la profusion du matériel après avoir posé la question suivante : « Alors que pourrez-vous avoir en échange d’une visite dans votre magasin de jeu et de 70 euros ? » Bon et pas cher, le rêve, Byzance, Babylone ?

Pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus, Pierre Gaubil le responsable de Days of Wonder France, dans la rubrique Tendances et marché, enfonce le clou avec subtilité : « Trop de jeux tue le jeu ». Cet article mériterait une analyse particulière sur laquelle je me pencherai peut-être une autre fois. Je me bornerai ici à dire que si les joueurs démunis ont environ 70 euros à dépenser, à lire Pierre Gaubil ils se persuaderont sans doute de renoncer à six merdouilles à 12 euros pour acheter une boîte de BattleLore.

La boucle est bouclée et JSP prend à son insu une place de choix dans la stratégie marketing de Days of Wonder qui instrumentalise magistralement le magazine, castel ludique conquis en plein jour. Le journal que nous sommes nombreux à apprécier perd ses allures de citadelle ludique sous les coups de boutoir de l’éditeur le plus rusé du marché. C’est sublime mais chiant.

Ne soyons pas injustes, l’équipe de Days of Wonder n’est pas la seule à profiter de l’excessive gentillesse de JSP et d’autres font dans les colonnes du magazine leur propre publicité sans se poser de questions. Pourquoi s’en priveraient-ils d’ailleurs ? La brèche une fois ouverte…

J’ai lu sur JeuxSoc le commentaire d’un intervenant qui semblait redouter avec ironie qu’un jour dans JSP un auteur ne critiquât lui-même son jeu. Plus d’inquiétude à avoir, c’est déjà fait. Relisez le numéro 24 et le numéro 29, cherchez bien et le premier qui trouve ne gagne rien, on n’est pas à Hollywood ici. Heureusement que pour échapper aux autocitations qui fleurissent comme la soie sur la route de Key Largo (je sais c’est un peu tiré par les cheveux, du vrai décoconnage, de la poésie quoi), il nous reste la rubrique des Liaisons étrangères du numéro 32. Raté, on retombe dans la sanctification. Trop c’est trop et ce n’est pas le publi-reportage (à épisodes à ce qu’il paraît) sur le deuxième Interlude Café qui va nous changer les idées. Le sujet est loin d’être inintéressant mais traité par Matthieu d’Epenoux en personne cela laisse songeur. Que faut-il alors penser de ce jugement sur l’Interlude Café de Toulouse : « En l’espace de quelques mois, ce bel outil est devenu un lieu de sortie incontournable dans l’univers toulousain mais surtout un endroit où l’on se sent bien et où l’on a plaisir à revenir » ? On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

S’il n’y a rien a gagner ou si peu dans le petit monde du jeu de société, pourquoi ne pas respecter quelques principes simples et en premier lieu celui de la séparation des pouvoirs, comme dans une vraie démocrazy ? La force d’un journal c’est son indépendance. Une ligne ardue dans un monde restreint où se tissent de nombreux liens, sincères ou contraints.

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Rédaction : Gilles Lehmann
Publié le 18 novembre 2006

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